samedi 10 octobre 2009

Vendredi de peur...

Devant la rôtisserie, je guette le départ de Denis qui s'éternise comme d'habitude. Le côté de rue que j'occupe, n'est pas payant, je suis donc en attente sans attente lorsqu'une femme sort du resto pour fumer une clope. Je lui en demande une, elle m'en offre 4, je lui dis que c'est beaucoup mais elle persiste.
Je ne sais par quel chemin mais elle me dit qu'elle a 78 ans et qu'elle a hâte de mourir.
Moi - En êtes vous certaine? Mon père a arrêté de fumer lorsqu'il a appris qu'il allait mourir dans 6 mois. C'est en apprenant qu'il allait mourir que le désir de vivre est apparu en lui.
Elle - Oui j'en suis certaine, dit-elle d'une façon qui ne laisse place à aucune équivoque.
Moi - Mais pourquoi ne pas vous suicidez alors?
Elle - Parce qu'on peut se manquer.
Moi - Ben les hommes savent faire, il y a des méthodes sures, la pendaison, un fusil. Mais bon, pour vouloir mourir vous devez avoir souffert beaucoup.
Elle - Bien j'ai été adoptée à l'âge de un an et la famille était très méchante envers moi. C'est drôle d'avoir cette discussion dans la rue avec un inconnu.
Son amie sort du resto et elles quittent, elle me salue pendant que son amie s'enquiert de la conversation auprès d'elle et que Denis me crie OK!
Cette vieille me rappelle un client, le plus vieux que j'ai eu, 82 ans, il parlait lentement, ralenti par un ACV ou AVC, selon les modes, je lui disais parfois n'allez pas si vite monsieur et il rigolait car j'étais le seul à lui dire ça, les gens avaient plutôt tendance à s'impatienter devant lui. Un jour il arrive avec un oeil noir, un coup de poing de sa femme. Le bourreau en perte d'autonomie est devenu victime de sa victime qui elle, occupe maintenant le rôle de bourreau. Mon superviseur après 10 semaines de thérapie se demandait pourquoi la thérapie ne fonctionnait pas. Moi je le savais, il n'y avait pas de traitement possible, tout le monde attendait qu'il crève, il n'y avait rien à réparer, il était trop tard pour ça. Passons.

Je traverse donc la rue , dépose mon sac et j'attends.
Un habitué passe et m'offre ses canettes de bières vides, il y en a pour 2$, je les dépose près de mon sac à dos, j'irai les échanger lorsque je quitterai, bien que je n'aime pas entrer à la SAQ car ma présence crée une petite commotion à chaque fois, ma place est devant, pas dedans.

Vers 19h00, Claude passe, il fait son circuit. Il est comme Roland, il ne demande rien aux gens préférant faire les poubelles, les cendriers et les ruelles. Alors je lui offre d'échanger les canettes et on partage à part égale ce 2$. On s'était promis de prendre une bière ensemble, alors je l'invite en lui demandant si il connait une place tranquille dans le coin. Il me dit suis moi, on va chez moi. Petit détour chez les viets boudhistes, j'achète 4 canettes de Carling ice à 1,35$ tout en constatant que le viet avait compris, il ne m'a pas parlé de tsigarettes.

Claude ouvre la porte, mes narines se pincent à l'odeur qui se dégage de cette petite pièce très sombre qui ne contient qu'un lit simple tout défait, une petite table, deux chaises, un évier et dessous, un petit frigo.
En s'asseyant, on ouvre notre canette de bière et on jase. Il me raconte une partie de sa vie, celle durant laquelle il était vivant, il s'anime en le faisant, son corps se décourbe et prends du tonus. Alors j'écoute son plaisir d'avoir eu un sens à un moment donné de son existence.

Il se fait tard, je quitte, il me dit je te remettrai ça, il n'a rien à me remettre, c'était pour le plaisir de jaser un peu avec lui.

Le plaisir que j'ai à rencontrer les gens est un baume qui se pose sur les blessures que laissent les aspects plus difficiles qu'il y a à quêter et des jours comme celui-ci me rassure sur ma capacité à écouter, qui semble encore bien présente, malgré ces années d'inactivité.

En retournant chez moi, je me demande si dans 10 ans ma vie ressemblera à celle de Claude, et j'ai peur.

4 commentaires:

involontairementcannibal a dit…

Il y a beaucoup d'humanité dans ce billet à mon avis.

un gars a dit…

Je ne sais pas Hugo ce qu'il y a dans ce billet. Je dirais des anecdotes plutôt banales racontés par un quêteux, le tout écrit dans un français plutôt pauvre et mal ponctué.
L'intérêt qu'il suscite auprès d'un lectorat ne fait que confirmer la banalité de la chose.
Il n'y a là que des choses qui occupent un espace libre sur un serveur quelconque. Dans ce sens, oui je suis en accord, il y a de l'humanité là-dedans. J'occupe le virtuel comme j'occupe le réel, en marge du trottoir.

Éléonore a dit…

Banalité ? tu juges de la qualité de ton billet selon le nombre de commentaire ? je ne suis pas d'accord.

La popularité n'est pas un gage de profondeur, du justesse, de qualité, etc.

Il y a des billets qui ne demande pas de réponse, ou bien aucune qui ne soit superficielle.

Il arrive qu'on ne puisse dire que: je t'ai lu avec empathie, c'est le mieux que je puisse faire.

Pour ma part, Je t'ai même lu deux fois, songeant à l'homme que tu as visité et à mon père qui aurait fini dans la rue n'eut été de l'amour de ses 3 soeurs ainées.

J'aimerai te redonner la conviction profonde que tu es l'artisan de ta vie, habituellement je me sens ainsi, mais pour le moment cette force m'échappe.

J'ai quand même la certitude que tu es plus que ce quéteux sur la rue, plus que cette situation présente...

Et moi aussi je vois de l'humanité dans ton geste, tu as donné un moment de bonheur à cet homme, ça c'est du concret, du réel, ça j'y crois.

un gars a dit…

@ Éléonore...
J'ai revu Claude aujourd'hui, et tu sembles avoir raison, il dit avoir apprécié et on s'est dit qu'on allait remettre ça.
Pour ce qui est des billets, j'y pense depuis un certain temps, je n'ai pas encore cerné les enjeux impliqués pour moi, je commence à peine à démêler ça.
La valeur en soi ne se pose pas, tout les billets ont leur valeur.
Je tente d'identifier quel besoin personnel je tente de combler avec le blog, l'effet qu'ils produisent (mes billets) sur les autres et l'effet que les feed back ou leur absence produisent sur moi.
Et quand j'aurai une réponse à ces questions ben je serai en mesure de réévaluer ma démarche.
Pour le moment c'est une façon de maintenir le contact avec quelques personnes privilégiées pour moi et ça me convient.

Mais il y a plus et je dois l'identifier.